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Revue de presse

Trop de pesticides au menu Environnement. Un rapport de la Commission euro péenne pointe une augmentation constante des pesticides dans nos aliments.

En 2006, 75 000 tonnes de pesticides ont été dispersées dans les cultures françaises. Une marée chimique équivalant à la cargaison de fioul du « Prestige » ou au poids d'un paquebot comme le « Titanic ». Sur ces 75 000 tonnes, 10 000 concernent les jardiniers amateurs. Cette consommation de produits phytosanitaires n'est pas sans impact sur notre assiette.

1Des résidus de plus en plus fréquents dans le frigo

La Commission européenne va dans les prochains jours rendre public son rapport sur les résidus de pesticides dans les États de l'UE pour l'année 2006. Ce document, que « Sud Ouest » a pu se procurer, montre une augmentation des taux dans les aliments sur 60 000 échantillons analysés. Les produits présentant des résidus (dans les normes) sont passés de 37 à 44 % en dix ans. Les produits au-dessus des normes ont progressé de 3 à 4,7 %. Si, généralement, les seuils maximaux ne sont pas atteints, le rapport note toutefois qu'une démarche de contrôle renforcé (plus poussé dans la recherche des résidus) aboutit à des résultats plus préoccupants (13 % des fruits et légumes dépasseraient ainsi la limite maximale admise).

Ce rapport a d'ores et déjà été épluché par le Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (présent au Grenelle de l'environnement) : « Certes, la dose limite est rarement dépassée pour chaque molécule analysée, mais, quand on additionne les résultats des molécules d'une même famille ou ayant des effets dits "équivalent toxique", le seuil est largement explosé », analyse François Veillerette, le président.

Au-delà des doses, c'est aussi le nombre de pesticides retrouvés dans les aliments qui a considérablement augmenté : 27 % des échantillons présentent plusieurs pesticides à la fois, jusqu'à 29 par aliment (contre seulement 8 en 1997). Cela s'explique notamment par le fait que le nombre de molécules recherchées a énormément progressé. On analysait 126 pesticides en 1997, contre 241 aujourd'hui dans les fruits et légumes (mais on pourrait en détecter 769 avec des moyens supplémentaires...).

2Les raisons de cette hausse constante

Les auteurs du rapport évoquent une autre cause pour expliquer ce cocktail de produits chimiques dans nos assiettes : « La présence de plusieurs résidus n'est pas nécessairement le signe d'un usage inapproprié ou excessif. Un contrôle adéquat des maladies peut nécessiter l'utilisation de plusieurs types de pesticides, ce qui permet d'augmenter l'efficacité des traitements et donc de réduire la somme totale. » En d'autres termes, on multiplie les produits pour ne pas dépasser les doses admises. Un changement qui a abouti à une baisse de la consommation de phytosanitaires (de 100 000 en 1998 à 75 000 aujourd'hui).

« Les nouvelles formules sont microdosées et plus efficaces, mais plus persistantes. Par ailleurs, on ne constate pas vraiment de baisse dans le nombre de traitements », déplore François Veillerette. Un argument qui pourrait expliquer que la réduction du tonnage, depuis dix ans, n'ait pas réussi à infléchir les courbes présentées dans le rapport. Elles témoignent même d'une accélération vers le haut depuis 2000 (1).

3Pourra-t-on s'en passer à l'avenir ?

Le Grenelle de l'environnement prévoit de réduire de moitié l'utilisation de pesticides en 2015. Est-ce possible ? Pourrait-on faire mieux ? « On ne pourra pas conduire toute la France en bio, mais on travaille sur la question de la réduction des pesticides et des scénarios d'agriculture qui en permettent l'atteinte », assure Laurence Guichard, ingénieur à l'Inra. Responsable du groupe « grande culture » dans le cadre du plan national Ecophyto 2018, elle s'apprête à rendre un rapport qui servira de base de travail. « Nous raisonnons davantage en termes de prévention que de lutte contre les maladies ou les parasites. Nous cherchons à réintroduire des techniques agronomiques que les pesticides, par leur commodité d'usage, leur efficacité et leur faible coût, avaient conduit à écarter. »

Un point de vue à moitié partagé par le professeur de biologie végétale Jean-Marie Pelt, fondateur de l'Institut européen de l'écologie, à Metz, en 1972 : « Un récent rapport de la FAO a clairement expliqué qu'on pouvait nourrir la planète en bio à condition d'utiliser de bonnes techniques : éviter la généralisation des monocultures et développer la polyculture sur des parcelles plus petites, faire des rotations, etc. Il y a beaucoup de potentiel scientifique dans l'agriculture biologique, qui démontre, contrairement aux idées reçues, de bons rendements. Le problème, c'est qu'on a complètement délaissé la recherche sur ce secteur, en l'absence d'une volonté politique pour une bio efficace. » Mardi dernier, les députés ont toutefois donné un signe positif en ce sens : le crédit d'impôt en faveur de l'agriculture biologique sera doublé dès 2009.

(1) La France est le premier consommateur européen d'intrants chimiques (fongicides, herbicides et insecticides) : 30 000 tonnes en 1971, 100 000 tonnes en 1982, selon l'UIPP (qui rassemble les producteurs de phytosanitaires).

Auteur : Priska Ducoeurjoly

  Extrait de Sud-Ouest du 31 octobre 2008

 
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